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Toulouse
Quelques mots de plus sur la caisse de solidarité aux combattants emprisonnés et poursuivis.
Categories: Ailleurs, Ressources

En complément de l’appel à récolter des fonds destinés à soutenir la caisse de solidarité, nous publions la traduction d’un texte de décembre 2012 qui en fait une présentation et qui en retrace l’activité depuis sa création en 2010.

Nous assistons actuellement à un processus de transformation sociale intense, de restructuration sauvage du capitalisme. Les acquis sociaux, la fausse prospérité et les avantages du consumérisme d’où provient le consensus social depuis 40 ans, s’évaporent, conduisant inévitablement à des situations de polarisation sociale. Les termes sous lesquels se manifeste l’antagonisme de classe reviennent rapidement à ceux d’une période passée et la réalité qui nous entoure semble sortir d’une autre époque, celle des années qui ont suivies la guerre civile [qui a duré de 1946 à 1949]. Comme avant, la répression devient l’outil principal du régime pour imposer son acceptation. Même si l’objectif global de la répression est le contrôle de l’explosion sociale, le milieu radical, étant donnée sa dangerosité et puisqu’il est un élément nécessaire, quoique non suffisant, au déclenchement de la rage sociale, en devient une cible spécifique. Étant donné aussi que les différentes composantes de ce milieu mettent en avant, à travers le temps et sans illusions, la réalité de la guerre sociale et assument les batailles qui vont avec ; ainsi, les nouveaux termes de la répression, les épaisses mailles de la surveillance, les niveaux supérieurs de sévérité pénale, la manipulation conduisant à une condition générale de prise en otage, sont dirigés en premier lieu vers ce milieu.

Malgré tout, ces conditions, bien que difficiles, peuvent s’avérer favorables dans la perspective révolutionnaire. S’impose alors, à quiconque entrevoit les possibilités cachées dans la conjoncture actuelle, de ne pas rester un spectateur du processus mais d’organiser sa subversion. Cette organisation implique la création d’une infrastructure matérielle et le développement de structures chargées de faire face aux problèmes réels. Le fait qu’il y ait des compagnons emprisonnés pose impérativement le besoin de les soutenir avec responsabilité et cohérence. En dehors des différentes actions de solidarité politique et de diffusion d’infos sur les affaires judiciaires, il faut ramener la solidarité à sa dimension matérielle. C’est la fonction d’une structure qui assure des conditions de vie décentes aux compagnons emprisonnés, au-delà des limites étroites des relations personnelles, mais sur la base d’une dynamique collective aux contours révolutionnaires.
La caisse de solidarité aux prisonniers a ainsi été créée en 2010 dans un contexte particulièrement répressif, avec des dizaines d’anarchistes emprisonnés pour différentes affaires. L’objectif principal, exprimé depuis le début, est de subvenir aux réels besoins des combattants emprisonnés. Depuis, les destinataires de l’argent récolté sont des compagnons qui, d’une part sont arrêtés ou poursuivis pour leur participation aux luttes sociales, leurs choix révolutionnaires et leur activité subversive, et qui d’autre part se défendent d’une manière qui confirme leur place dans le mouvement qui lutte contre la brutalité et l’aliénation de diverses manières, en partant de différents points et avec tous les moyens. La caisse inclut également les accusés de l’organisation révolutionnaire « 17 NOVEMBRE », lesquels sont enfermés depuis 2002 dans les quartiers spécifiques de la prison de Korydallos et qui y ont opposé une attitude combative en plus de l’intérêt et du désir de communiquer. Ici, il faut noter que pour des raisons diverses, que ce soit de nature politique ou personnelle, certains des détenus ont choisi de ne pas participer ou de ne pas être soutenus par la caisse de solidarité. D’ailleurs, la solidarité est un rapport dans lequel nous revendiquons la reconnaissance mutuelle et l’intention commune de communiquer. Sans chercher à les ranger dans des catégories politiques, nous reconnaissons que tous ceux qui se battent contre le système social existant, et dont les intentions subversives ne font aucun doute, méritent non pas une acceptation inconditionnelle, mais notre sincère soutien. Enfin, notre désir commun de contribuer efficacement à la diffusion de la parole des prisonniers persiste. Cela se réalise à travers la publication « Démolissez la Bastille », composée entièrement de leurs lettres. C’est sur cette base là qu’a commencé le fonctionnement de la caisse et qu’il continue.
L’ensemble de la structure est basée sur un fonctionnement en assemblées / réunions autonomes définies géographiquement [
à Athènes, Thessalonique…]. Toutes les réunions sont ouvertes, fonctionnent horizontalement et les décisions sont prises collectivement. Des compagnons de chaque réunion participent à la coordination générale au niveau national qui prend place, en principe, à Athènes, et parfois en d’autres villes, quand cela est possible. Dans le même temps, des petits groupes de travail gèrent le site internethttp://tameio.espivblogs.net/ où sont postées les infos concernant les affaires des combattants emprisonnés, la publication de la revue « Démolissez la Bastille », la gestion des contributions à la caisse et enfin la prise d’initiatives pour la récolte d’argent via diverses activités.
L’argent collecté chaque mois provient de contributions régulières personnelles et/ou collectives, ainsi que d’initiatives collectives comme des concerts ou des événements. De plus, nous trouvons bénéfiques et pouvons soutenir des initiatives parallèles à l’assemblée comme la publication et la diffusion de livres (ou brochures…) au contenu politique, dont les recettes ne couvrent que les frais de publication, le reste de l’argent étant destiné à la caisse de solidarité.
Ainsi, durant ces deux premières années de fonctionnement, des dizaines de compagnons ont pu faire face au difficile quotidien de la prison. Même si le nombre de prisonniers politiques a heureusement diminué comparé à 2010, il y a toujours des compagnons qui purgent leur peine et ont des besoins de base. En même temps, la généralisation du contexte répressif et de vengeance policière et juridique, pose le cadre dans lequel malheureusement les arrestations et les incarcérations ne manqueront pas. Ainsi, la caisse de solidarité aux combattants emprisonnés et poursuivis, reste une infrastructure vitale pour le mouvement.
Ces derniers temps, l’intensité de la répression s’appuie sur des arrestations massives et des poursuites pénales à l’encontre de personnes qui participent aux mouvements et aux luttes sociales, ce qui conduit à les affaiblir économiquement par le paiement de cautions qui s’imposent pour éviter l’emprisonnement. Dans de telles occasions, quand une course se met en place pour réussir à collecter l’argent demandé, des compagnons ont demandé à la caisse de solidarité de les soutenir. L’assemblée de la caisse a été confrontée plusieurs fois à cette question, à savoir la possibilité qu’une partie de l’argent recueilli pour les prisonniers puisse temporairement couvrir les cautions des poursuivis. D’ailleurs, ce n’est pas absurde de penser que couvrir ces cautions puisse être un moyen d’empêcher l’augmentation du nombre des compagnons emprisonnés, ce qui aurait nécessité un soutien cohérent sur un plus long terme.
Or, la réalité économique est implacable pour nous tous. Aussi « difficile » soit-il de ne pas aider à payer les cautions de certains compagnons, c’est du au fait que le mois suivant ou celui d’après on devra envoyer de l’argent aux prisonniers, qui vivent dans une réalité encore plus implacable. Pour ces raisons là, l’assemblée de la caisse de solidarité a décidé de créer une caisse parallèle. Cette réserve parallèle recevra 10% des contributions mensuelles totales et sera utilisée initialement uniquement pour couvrir des besoins qui résulteront d’arrestations et de poursuites massives dans des mouvements sociaux avec la condition implicite que ces sommes là seront restituée à la fin des poursuites, de façon à être utilisées de nouveau à de mêmes fins. Ce choix n’est évidemment pas lié à une surestimation de ces affaires au dépit des autres, où le nombre des poursuivis est plus petit. Il résulte de la difficulté croissante de récolter de grandes sommes d’argent, une entreprise bien au-delà des capacités de collectifs isolés et de cercles affinitaires restreints. Enfin, notons que dans le cas où des compagnons souhaitent contribuer uniquement à cette caisse parallèle et non au reste des activités de la caisse, on ne peut que respecter leur choix.

Pour autant, les perspectives de ce projet ne s’arrêtent pas là. En attendant de voir quelles dynamiques peuvent naître de cette structure durant son développement et à condition que le nombre de ceux qui la soutiennent augmente, nous avons mis en place d’autres objectifs. Ceux-là visent à élargir le nombre de ceux qui sont soutenus, en impliquant plus de prisonniers en lutte : des personnes incarcérées pour des raisons qui ne vont pas au-delà de nos valeurs ainsi que ceux dont l’attitude durant leur captivité est digne et combative. Nous voulons également créer des liens avec des immigrés emprisonnés dans des centres de concentration, et qui sont poursuivis pour leur attitude combative à l’intérieur et contre ceux-là. Enfin, la perspective de pouvoir couvrir les coûts judiciaires (frais judiciaires, demande de sortie de la prison, etc.) reste dans nos objectifs. Aussi bien pour les compagnons qui sont déjà en prison, que pour ceux qui sont poursuivis pour leur participation aux luttes sociales sans que la poursuite soit passible d’emprisonnement. Cette fonction a déjà été mise en œuvre de façon expérimentale pour des compagnons emprisonnés, sous la forme de prêt temporaire en vue de couvrir des besoins immédiats et suite à un engagement responsable pour le remboursement de l’argent de manière à ne pas bloquer le reste des fonctionnements de la caisse et pourvue que la caisse n’en soit pas affaiblie, et que la caisse garde une réserve suffisante pour subvenir aux besoins des prisonniers pour les deux mois qui suivent.
Pour conclure, nous tenons à souligner que la caisse de solidarité aux prisonniers n’a pas vocation à remplacer d’autres caisses ou initiatives de collecte d’argent qui se créent pour soutenir des cas spécifiques. Nous ne désirons pas fonctionner en contradiction avec quelconque autre structure similaire, au contraire nous voudrions élaborer des relations d’échange et de coordination avec elles. Nous ne voulons pas non plus monopoliser la question de la solidarité ou les choix d’action des participants, étant donné que nous concevons la place de cette structure dans la lutte globale, comme un outil et non comme une fin en soi. Au contraire, la caisse de solidarité aspire à être une proposition de lutte et d’organisation qui évoluera en relation avec les autres structures dont les temps imposent la création.

Décembre 2012

pour plus d’infos : http://tameio.espivblogs.net
pour entrer en contact avec les assemblées :

athènes : tameio@espiv.net / thessalonique : tameio-selanik@lists.espiv.net / grèce du nord : tameio-voreiou-ellados@lists.espiv.net / xanthi : tameio_xanthi@espiv.net

pour nous contacter par la poste :

PO Box : 1571 
ZIP : 54006
Thessaloniki
Greece

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