Bad Kids
Toulouse
Février 2015 : Bad Kids n°5 !
Categories: Le journal, Ressources

On y est, avec près de trois mois de retard Bad Kids n°5 va donc sortir!

Vous pourrez le trouver dès début février aux endroits habituels sur Toulouse ou ailleurs.

 

Comme on ne sait pas se tenir à une ligne éditorial le journal fait cette fois-ci 20 pages…

Pour patienter voici un aperçu du « dossier palestine » présent dans ce numéro :

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Vive la lutte des prolétaires palestiniens !

 

La Palestine se réduit comme un immense complexe de peaux de chagrin, harcelées par l’œil militaire, privées des moyens de subsistance et frappées par toute sorte d’armes offensives. De l’urgence sanitaire aux perfusions empoisonnées de la communauté internationale, c’est une stratégie d’épuisement que l’État d’Israël, avec l’aide des autres puissances capitalistes d’Occident, tente d’appliquer à la résistance des Palestiniens. Pourtant, en soixante ans, malgré les morts, les emprisonnés, les torturés, les exploités et les traumatismes inhérents à toutes ces exactions, la résistance est là, et frappe vigoureusement. Un défi majeur s’impose à la lutte en Palestine et aux soutiens internationaux, celui de refuser les lectures culturalistes, expliquant le conflit qui sévit dans la région comme un conflit ethnique ou religieux. Là-bas comme ici, c’est un conflit de classe auquel on assiste. En espérant que de Toulouse à Gaza, ce soit la même Intifada !
Depuis la création de l’État d’Israël en 1948, celui-ci n’a cessé d’agir en tant qu’émissaire du capitalisme au Moyen-Orient. De 1948 à 1967, c’est dans une optique d’hégémonie régionale que celui-ci affronte successivement l’Egypte, la Syrie et la Jordanie, jusqu’à coloniser l’intégralité de ce qu’il restait de la Palestine à la fin de la guerre des Six Jours. Depuis ce jour, Israël n’a fait que profiter des Palestiniens en les exploitant comme ce que les Empires ont toujours fait face aux populations qu’ils colonisent et persécutent. Dans une situation d’absorption totale des territoires occupés, les forces politiques palestiniennes ont développé les cadres et les discours d’une lutte de libération nationale, velléités dont l’apogée a été la première Intifada. Alors qu’Israël, inscrite depuis le début dans le processus de mondialisation qui a secoué le monde dans les années soixante-dix, cherchait un moyen de se débarrasser des inconvénients financiers de l’occupation, la communauté internationale, grâce aux Accords d’Oslo, leur a permis de maintenir leur domination territoriale et l’exploitation économique de la Palestine nécessaire à l’expansion de l’État israélien, tout en limitant le poids financier de l’étouffement militaire. Nous n’avons plus la force d’ironiser sur ces Accords qui font de la Palestine un territoire explosé par trois zones dont la zone A, celle léguée à l’hypothétique Autorité Palestinienne, n’est qu’une prison à ciel ouvert. Et que dire du contrôle des ressources en eau par les colons, regardant littéralement les « voisins » crever de soif sans sourciller. Cette stratégie d’Apartheid, qui n’accepte que la survie pour la population colonisée, n’est pas qu’une stratégie impérialiste ou coloniale. Il faut réaffirmer la teneur spécifiquement capitaliste de cette occupation, et son corollaire, l’exploitation de la main d’œuvre palestinienne à bas prix et la mise sous tutelle internationale pour le prolétariat excédentaire qui ne sert pas à la création des profits capitalistes israéliens.
La seconde Intifada est l’expression la plus contemporaine de la situation du prolétariat palestinien. Ultra-flexibilisé, le rapport salarial qui unit les capitalistes israéliens et les prolos palestiniens est une marque déposée de notre époque, une tendance toujours accrue à l’absorption totale de nos vies. Ce paradoxe, c’est celui qui fait qu’un Palestinien s’épuise dans des conditions lamentables à ramasser les oranges d’une terre qui était la sienne avant qu’un colon ne vienne l’en exproprier, et qui, une fois son salaire récupéré, va acheter la seule marque de jus de fruit autorisée dans le commerce, celle pour qui il travaille. Ce paradoxe, c’est aussi le rêve d’une autonomie palestinienne dont le prix à payer est d’être les sous-mains de la répression israélienne (la moitié des fonctionnaires de l’Autorité Palestinienne sont contractualisés dans le cadre de mission de maintien de l’ordre) contre l’organisation politique des palestiniens, sous prétexte de jouer le jeu de l’anti-terrorisme israélien, tout en continuant à voir se construire chaque jour, de nouveaux murs, de nouveaux check-points, sans horizon aucun. Ce paradoxe à double niveau, les Palestiniens qui ont jeté des pierres sans distinction sur les flics de l’Autorité Palestinienne et sur Tsahal l’ont pointé du doigt. L’organisation de la survie n’a pas de légitimité à prétendre représenter le peuple, comme ils le répètent si souvent dans leur voyage chez les patrons blancs d’Occident, qui leur donneront le su-sucre de l’aide internationale s’ils restent courbés. Quel peuple ? Il n’y a pas plus de peuple en Palestine qu’en France. Le peuple, l’idéal national, est un concept bourgeois qui cherche à unifier des âmes pourtant définitivement séparées par l’antagonisme des positions bourgeoises et prolétariennes au sein du mode de production capitaliste, entraînant de fait un fossé irrémédiable quant aux conditions de vie liées aux moyens de subsistance. Quel peuple entre les bourgeoisies parasitaires de l’Autorité Palestinienne, qui jouent de leur influence pour maintenir leurs réseaux de clientèle et s’enrichissent sur le dos de la misère, et ces hommes, ces femmes et ces enfants, qui chaque jour subissent un travail harassant, des contrôles de bidasses tous les dix mètres et voient régulièrement leurs proches disparaître, dans un ravin ou dans une prison de l’oubli.
Le jeu du gouvernement israélien, c’est de définir ce conflit comme un conflit religieux, opposant depuis l’éternité les juifs et les musulmans. C’est dans cette optique qu’ils ont financé le Hamas dans les années 70 contre l’opposition marxiste de l’OLP et c’est toujours dans cette optique qu’ils empiètent sur les lieux saints du monde musulman : cristalliser les tensions autour de l’identité religieuse, donc nationale, pour mobiliser leurs troupes. Parce qu’Israël a peur d’une chose, une réalité démographique définitive, la loi du nombre. Aujourd’hui, le capitalisme israélien est en crise, et c’est avant tout les prolos palestiniens qui dégustent, en perdant des emplois ou des parts de salaires. De nombreux prolétaires israéliens vivent également des conditions difficiles, et l’attaque systématique de leurs conditions de vie, par le démantèlement violent de l’État providence, ne peut pas être omise. Mais il y a une différence d’échelle. La répression sociale que subissent les habitants des territoires occupés, les Arabes israéliens ou les travailleurs immigrés d’Ethiopie, de Thaïlande ou de Chine, démontre le caractère bourgeois de l’oppression étatique israélienne. Construisant son discours autour d’une pureté ethnique tout à fait fantasmée (il suffit de jeter un œil sur les conflits et hiérarchies qui se développent entre la communauté sépharade et la communauté ashkénaze), Israël est une contradiction en ce qu’elle définit ici et maintenant l’impossible résolution du conflit : les prolétaires palestiniens lui sont nécessaires mais toujours de trop. Israël ne leur offrira ni autonomie, ni reconnaissance.
Aujourd’hui, de nombreuses tentatives de déstabilisations frappent Israël en son cœur, parfois en ses corps. C’est le choix de la résistance palestinienne face au massacre que la population subit. Il faut comprendre le conflit comme une guerre d’Israël contre ses banlieues pauvres, maniant à tour de bras le chantage de l’exploitation ou de la mort. L’expectative d’une troisième Intifada ne nous renseigne pas sur les formes que celle-ci prendra. Grèves, sabotage, attentats, nous pouvons simplement espérer que les prolétaires palestiniens y arriveront, avec l’appui pratique de leurs soutiens internationaux, qu’importent nos pratiques de luttes.

Vive la lutte des prolétaires palestiniens!

 

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